Recette: la déconfiture bordelaise façon Laurent Blanc.
Cette semaine, le chef vous donne la recette de la déconfiture bordelaise façon Laurent Blanc en 10 étapes :
1ère étape : Obtenez rapidement des résultats.
Cela parait simple mais pourtant, c’est l’une des étapes les plus difficile d’autant qu’elle conditionne tout. L’idéal, c’est d’obtenir rapidement les résultats les plus fracassants. Ne vous contentez pas d’une coupe au rabais, visez le titre. Tant que vous ne l’avez pas obtenu, vous ne pourrez passer aux étapes suivantes.
2e étape : Ne reconduisez surtout pas un système qui fonctionne.
Un 4-4-2 losange qui fait de vous la meilleure attaque du championnat ? Un buteur argentin dont le seul rôle est de pousser le ballon dans les filets ? Tout cela c’est bien beau mais ça en devient vite lassant. Cassez les habitudes, choisissez la pointe unique. L’homme qui sert de point d’ancrage à lui-même lorsque les milieux ne suivent pas. Attention : pour que le système fonctionne, l’avoir essayé sans succès la première année et l’imposer dès le début de la saison suivante pour que les quelques résultats positifs qui en découleront vous donnent toute légitimité à le maintenir. Ensuite, ne pas oublier de miser sur la préparation physique (point 6).
3e étape : Négligez le banc.
S’ils ne sont pas titulaires, c’est qu’ils n’ont pas le niveau (sinon, ils le seraient). Conséquence de votre volonté d’imposer un système ne reposant que sur deux-trois individualités (la fameuse colonne vertébrale), faire comprendre à ceux qui ne sont pas dans le onze qu’ils ne joueront que lors des matchs annexes ou en cas de force majeure. S’ils jouent et que cela se passe mal, appuyez sur le fait qu’ils ne sont pas au niveau et vous ont déçus. Rapidement, même les plus dociles devraient démissionner.
4e étape : Brisez la dynamique de victoires.
A mettre en relation avec le point suivant. Vous gagnez trop ? Dites vous que c’est dangereux : vos joueurs vont rapidement se fatiguer. Evitez l’usure, perdez des matches. Important : pour l’équité du championnat, organisez votre suicide chez une équipe en difficulté. L’avantage, c’est que vous rallierez à votre cause de nouveaux supporters redevable de ce service.
5e étape : Lâchez-vous, soyez suffisants.
Etape essentielle à la bonne gestion d’un suicide : la suffisance. Plongez dans l’arrogance, épanchez vous sur l’ennui que provoque une telle domination. Parlez de tout gagner, appuyez vous sur le fait que vos adversaires ne sont pas mieux que vous et que même lorsque vous n’avancez pas, vous êtes tout de même toujours devant (même ne serait-ce que virtuellement).
6e étape : Une bonne préparation, c’est être en forme pour le match suivant.
L’un des points important qui conditionne à la fois le premier point mais aussi le point suivant : ne jamais être prêt le jour J mais constamment penser à demain. Parce qu’en bon visionnaire vous savez vous projeter, bien rappeler que toute contre-performance n’est due qu’à une condition physique pas encore optimale et pour cause : l’objectif est d’être au top à la fin de la saison, après tout, les grands clubs sont toujours présent uniquement lors des sprints finaux.
7e étape : Remettez toujours au match d’après.
Evoqué au point précédent, l’essentiel est de toujours être prêt pour le match suivant qui représente toujours « le réel objectif ». Une finale de coupe contre l’ennemi juré à quelques jours d’un rendez-vous européen ? Pas de soucis vous êtes prêts : une victoire et c’est bon pour la confiance mais ce n’était pas essentiel, une défaite et inconsciemment vos joueurs et vous aviez déjà « la tête au prochain match ». Rien n’est grave, demain sera toujours meilleur.
8e étape : N’évoquez jamais votre avenir.
Après avoir obtenus des résultats, vous avez su attirer les convoitises. Pour bien préparer sa déconfiture, laisser le doute venir tranquillement s’immiscer dans les consciences collectives. Votre discours étant passé auprès des joueurs, fort de vos résultats, il est crucial désormais de ne jamais dire si vous souhaitez poursuivre l’aventure avec eux. L’intérêt, c’est que les médias vont alors s’emparer de l’affaire, les joueurs vont prendre parti, liant leur avenir au votre. Conduite à tenir : ne surtout pas prendre quelconque décision concernant cet avenir. L’incertitude, ca laisse place à tout espoir paraît-il.
9e étape : Sachez rejeter la faute.
Les choses se déroulent comme prévu et les mauvais résultats arrivent ? Bien. Pensez alors à ne jamais en assumer la responsabilité. Pour cela, invoquez un calendrier farfelu (en oubliant que vos concurrents directs, soumis au même calendrier enchaînent les bons résultats), le manque de réussite passager (même s’il dure trois mois), la faute du terrain, du cycle lunaire, de la presse. Ce qui est important, c’est surtout de ne jamais remettre en question le système choisi pour cette déconfiture. C’est essentiel pour assurer le dernier point.
10e et dernière étape : Tenez le cap.
C’est probablement l’étape la plus compliquée à maintenir sur la durée : parce qu’il est essentiel de ne jamais changer un système qui ne fonctionne pas, il faut tenir le cap. Si vos joueurs sont hors du coup, laissez-les sur le terrain, conservez le même schéma de jeu et attendez que les beaux jours reviennent. Attention tout de même : pour cela, il faut absolument avoir connu quelques mois au cours desquels les résultats et la qualité de jeu ont été là. Sans cela, pas de crédibilité.
Voilà, si vous avez bien suivi ces conseils, vous devriez rapidement obtenir une belle déconfiture footballistique à déguster entre supporters.

